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L’incertitude active

« Adepte des jeux de l’abstraction et la figu­ra­tion afin de brouiller les pistes entre appa­rence et vision,Julie Sus­set atteint des lieux où le monde se trans­forme en fic­tion et la fic­tion en réa­lité. Il existe tou­jours une pro­pen­sion cri­tique et la fabrique de contre-images afin d’empêcher la grande nuit de tom­ber sur notre per­cep­tion et sur les repré­sen­ta­tions de la pré­ten­due psy­ché. De telles pro­po­si­tions répondent au refus de res­ter dans la nuit et de se conten­ter de jouer sous la lune au théâtre des ombres. »

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le soleil.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Je les fais gran­dir, cer­tains ont ren­con­tré la réa­lité, d’autres m’accompagnent encore.

A quoi avez-vous renoncé ?
Aban­don­ner l’idée de la per­fec­tion, ou de chan­ger le monde par exemple ! Plus que renon­cer, je dirais que je m’essaye au lâcher-prise, à faire évo­luer, ajus­ter mes choix.

D’où venez-vous ?
Je suis née en Ven­dée, au bord de l’océan. Mais je me sens venir d’un peu par­tout, je pour­rais avoir de mul­tiples origines !

Qu’avez-vous reçu en « héri­tage » ?
L’urgence joyeuse de vivre !

Qu’avez vous dû “pla­quer” pour votre tra­vail ?
Avec mon plus grand plai­sir, le confor­misme, la sécu­rité de l’emploi et la sta­bi­lité. Mais je n’ai pas vrai­ment eu à “pla­quer” tout ça, au fond, c’était comme une évi­dence, ça m’aurait ennuyée d’être dans ce schéma, ce n’est pas dans mon caractère.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Lézar­der au soleil, par­ta­ger un fou rire

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres artistes ?
Huummm… dif­fi­cile de répondre à cette ques­tion. D’être auto­di­dacte, sans for­ma­tion aca­dé­mique, ne pas avoir de dis­cours tout prêt… d’être incertaine.

Com­ment définiriez-vous votre approche de l’abstraction ?
Le plai­sir de défor­mer et d’exprimer libre­ment ma sen­si­bi­lité. Pour moi, la bar­rière est fra­gile entre abs­trac­tion et figu­ra­tion, et aucune des deux éti­quettes ne me satis­fait com­plè­te­ment. Est-ce que mon tra­vail est vrai­ment abs­trait ? J’aime ne pas savoir où le pro­chain geste m’emmène, que ce ne soit pas défini à l’avance, c’est ce qui me plait avec l’abstraction. Elle me per­met un lâcher-prise, une forme de liberté, de sur­prise et de décou­verte de moi-même par ce qui “arrive” sur la toile. Après, elle part sou­vent d’un point de départ, qui n’est pas abstrait.

Quelle fut l’image pre­mière qui esthé­ti­que­ment vous inter­pella ?
La toute pre­mière ? je ne l’identifie pas clai­re­ment. J’ai dû l’imprimer en moi, et la défor­mer. Un arbre ou un pay­sage d’enfance de l’océan et des dunes cer­tai­ne­ment. Mais ce dont je me sou­viens clai­re­ment, ce qui m’a inter­pel­lée for­te­ment, ça serait une scène de vie au Séné­gal. Puis, les grandes toiles de Cy Twom­bly au Tate Modern à Londres, qui ont confirmé mon atti­rance pour la pein­ture comme moyen d’expression.

Et votre pre­mière lec­ture ?
Je dirais “Oli­ver Twist” de Dickens ou “L’appel de la forêt” de Jack London

Quelles musiques écoutez-vous ?
Un peu de tout. Ca dépend de mon humeur, et elle peut être très variée ! Du jazz à l’électro en pas­sant par le rock ou le reg­gae. Très mélo­mane, la musique m’accompagne quo­ti­dien­ne­ment et j’y puise beau­coup d’énergie.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
J’ai du mal à relire deux fois un livre, comme de revoir un film. C’est très rare, je pré­fère plu­tôt en décou­vrir un nouveau !

Quel film vous fait pleu­rer ?
Plu­sieurs ! Je vis inten­sé­ment l’histoire comme si j’étais vrai­ment dans la peau des per­son­nages… cette empa­thie légè­re­ment encom­brante peut faci­le­ment ame­ner les larmes à cou­ler, mais je me sens impli­quée et encore plus vivante.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Une femme et l’enfant qu’elle reste. Et quelqu’un qui me sourit.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ? 
Per­sonne ! Il y a peu de choses que je n’ose pas faire ! Sauf si je n’ai pas trouvé le moyen d’y par­ve­nir. Par exemple, j’aurais aimé écrire à Mar­tin Luther King ou Nina Simone.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
La forêt amazonienne.

Quels sont les écri­vains et artistes dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Je suis plus proche du cou­rant du XXeme siècle en pein­ture, avec De Koo­ning and co, Joan Mit­chell, Kir­keby, Cy Twom­bly, cer­taines oeuvres de Schna­bel ou Base­litz, Bas­quiat (et même un peu XIXème avec Matisse, Monet..), de l’expressionnisme abs­trait amé­ri­cain. Les ins­tal­la­tions, les oeuvres contem­po­raines qui pour moi manquent de coeur et de corps ne me touchent pas trop, je ne me sens pas tou­jours en phase avec mon époque sur la sen­si­bi­lité artis­tique mise en avant. Mais depuis quelques années, je fais de belles décou­vertes, qui m’inspirent telles que : Peter Doig, Han­taï, Kimura, Cécily Brown, Jules de Balin­court, Claire Tabou­ret, Gérard Titus Car­mel et beau­coup d’autres. J’ajouterais l’art tri­bal, brut, pri­mi­tif des tri­bus de l’Océanie, à l’Amérique latine en pas­sant par l’Afrique, qui me touche profondément.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Une sur­prise. J’adore être sur­prise ! Mais si ça pou­vait être un billet pour par­cou­rir le monde …

Que défendez-vous ?
Dans le désordre, la tolé­rance, la folie, la curio­sité, la pas­sion, la jus­tice, le culot, la liberté d’être soi, l’humanisme

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Un amour sin­cère et bienveillant.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“
Elle m’inspire quelqu’un qui ose aller vers l’inconnu et prend le risque d’être posi­tif, quelle que soit la demande. Un risque encore plus inté­res­sant pour moi serait d’oser dire non.

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
On danse ?


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